Comment gagner la course la plus difficile au monde ?

« Comment gagner la course la plus difficile au monde »

 

Edgar Grospiron, le mythique médailler d’or des jeux olympiques d’Albertville, vainqueur en ski acrobatique (option bosses) en 1992 était présent aux Open Nextdoor !

Auteur, conférencier et cofondateur de Wikane, (réseau de franchise de consulting en stratégie de croissance auprès des PME), il a partagé avec nous de joyeux souvenirs et une analyse a posteriori sur son parcours légendaire hautement inspirante pour nous, entrepreneurs.

Ne croyez pas que le savoir-faire d’Edgar Grospiron se résume à enchainer 65 bosses et deux tremplins sur 250 de long… en une demi-seconde. Car pour skier dans les bosses, il ne suffit pas d’avoir de bons genoux, il semblerait qu’il puisse être utile de savoir se faire plaisir. Prêts pour une descente ?

 

 

Bosse n°1, rebondir et se préparer à la suivante (modestie et réalisme)

 

À 19 ans Edgar remporta la coupe du monde dans sa catégorie. Un bonheur incommensurable, certes, mais dont il fallait pourtant se méfier, commence Edgar. Car une fois l’euphorie passée, la médiatisation essoufflée et les amis retournés à leurs occupations, vient le temps de regarder l’avenir.

Or lorsque vous avez-vous-même fixé la barre au plus haut niveau, qu’il vous semble avoir repoussé vos limites… comment trouver assez de ressources pour faire plus, mieux ou différent ? Comment en avoir même envie ?

 


« Le succès attire le succès ? Non !

Le succès appelle la zone de confort… »

Edgar Grospiron


 

Alors que vous pensez en avoir fini, « en réalité, c’est là que tout commence », avertit Edgar. Et l’enjeu est de taille, car lorsque le succès frappe à votre porte, alors tout s’accélère : vous passez de la 2CV à la Porsche, ce qui est grisant, à un détail près. Lorsque l’on file à 200 km/h, on n’a plus droit à l’erreur.

Il en va de même pour une entreprise qui a une croissance folle ; certes, tout va bien et c’est magnifique, mais le danger est pourtant bien réel. Il ne faut donc pas perdre pied et anticiper à tout prix : préparer « l’après » et réfléchir à son ambition.

 

Bosse n°2, savoir quelle bosse on veut prendre (envie et ambition)

Edgar, lui, savait ce qu’il voulait faire « après », ce qui, rappelle-t-il, est absolument vital, que l’on soit sportif ou entrepreneur : il faut identifier son objectif pour être en mesure de prendre les bonnes décisions. L’enjeu, nous confie Edgar, est aussi de garder intacte l’envie de se lever tous les matins, quelle que soit la météo, la fatigue, le côté répétitif de l’entrainement…

 


« Il faut savoir où l’on veut aller : c’est l’ambition »

Edgar Grospiron


Le jeune Edgar, lui, fit savoir au monde entier qu’il voulait gagner les jeux olympiques (JO)…

Et pour y parvenir, il lui fallait certes en avoir très envie, mais aussi être entouré, soutenu et en mesure de mobiliser son entourage : l’annonce officielle de son challenge créa un capital sympathie d’une puissance sans égale (même si elle augmentait considérablement la pression).

Ce faisant (et c’est valable en entreprise), une énergie considérable et hautement jubilatoire fut déployée par toutes les parties prenantes pour atteindre l’objectif fixé : le ton était donné ; ce serait la bonne humeur.

 

Edgar Grospiron

 

Attention ! Premier tremplin : petite méthodo pour rester en l’air (passion, motivation, volonté et survie)

On se doute bien que ce jeune-là était dopé… à la passion, et c’est une chose que les sportifs de haut niveau partagent avec les entrepreneurs. La passion est délicieuse, puissante, mais hélas, incontrôlable. Elle convient bien pour un hobbie, trente jours par an…

 


« On n’est pas sportif de haut niveau par défaut,

et on n’entreprend pas par défaut : derrière il y a une passion qui nous anime,

[…] et une capacité »

Edgar Grospiron


 

Mais quand on choisit de faire de l’objet de sa passion un « vrai » travail, il fusionne avec obligation de résultat, 365 jours par an et cela se corse quelque peu.

La motivation prend alors le relai, ce qui est une bonne chose, car elle est nettement plus fiable et rationnelle : elle aussi, procure du plaisir (source de performance), se transmet et donne de l’énergie. En outre, à la différence de la passion, la motivation se cultive : elle sera votre meilleure alliée.

 


« La volonté, c’est quand il n’y a plus de plaisir à prendre, mais des efforts à faire :

il ne faut pas en abuser »

Edgar Grospiron


 

Mais si elle s’essouffle, il faut savoir faire preuve de volonté. Sans toutefois exagérer, car à l’inverse de la motivation, la volonté consomme de l’énergie. Et vous aurez alors des hallucinations : au lieu de voir une piste de ski avec 1000 bosses et autant d’opportunités de s’en servir comme tremplin, vous verrez 1000 creux et 1000 raisons de vous casser la binette. Aucune chance d’arriver en bas de la piste sans y avoir laissé des plumes…

Enfin, vous passerez parfois en mode survie… et accomplirez ainsi des miracles, mais de grâce, supplie Edgar, prenez des vacances.

 

Edgar Grospiron

 

Bosse n°4, qu’il est bon d’être au top (plaisir et exigence)

Certes, il ne suffit pas d’être motivé ou de vouloir pour réussir. Un autre ressort indispensable est l’exigence, mais de façon raisonnée et toujours positive… En effet, nul besoin d’être exigent en tout, ce serait même destructeur.

 

Pour élever son niveau et creuser l’écart avec ses concurrents, une erreur fréquente consiste à traquer ses imperfections et s’obstiner à vouloir à les améliorer. Force est d’admettre que nous avons été conditionnés à fonctionner ainsi et ce, dès notre plus tendre enfance. Edgar raconta une anecdote édifiante, qui raisonna certainement dans bien des esprits…

Enfant, on lui reprocha d’être désastreux en mathématiques, mais d’exceller en ping pong. Honteux, le jeune Edgar fit de son mieux, bien sûr ! Au trimestre suivant, il était à peine « moins mauvais en maths » et très moyen en ping pong. Il se fit alors gronder car il « n’était même pas capable d’être bon en ping pong ». Mais dites-moi, que pouvait-il arriver d’autre, en procédant ainsi par culpabilisation et mépris ?

 

Nano Pourtier, l’entraineur d’Edgar, n’était pas de cette trempe-là, il lui enseigna à se dépasser d’abord, là où il prenait le plus de plaisir… Procédant ainsi, ses points faibles s’amenuisèrent d’eux-mêmes, à mesure que croissaient plaisir et confiance : les conditions furent alors optimales pour éradiquer les défauts qui subsistaient.

 

Réfléchir ainsi en entreprise ouvre des possibilités infinies : car si vous choisissez de développer vos points forts au maximum (ou ceux de votre équipe), alors vous excellez dans le domaine afférent. Ce faisant, vous obligez vos concurrents à chercher à vous rejoindre sur un terrain qui est le vôtre… vous suivez ?

 

 

Bosse n°5, rependre la même piste et faire autrement (excellence et disruption)

Bien entendu, vous aurez beau être ambitieux, déterminé et savoir prendre un maximum de plaisir dans votre travail… vous ne serez jamais seul dans ce cas. Comment faire la différence, alors que chacun s’entraine sur les mêmes pistes de ski, dans les mêmes conditions météos, avec le même matériel et le même kiné ?

Pas de miracle, reconnait Edgar, il faut travailler, répéter, itérer, se perfectionner pour progresser et atteindre ainsi l’excellence opérationnelle. D’emblée il faut avoir conscience vous vous serez à peine meilleur que vos rivaux et que cela se jouera à un tout petit détail, une remise en question de plus, une once de détermination…

Mais votre degré de maîtrise doit être tel que vous devez vous sentir prêt pour la compétition (ou la conquête d’un marché) quels que soient les aléas ou la perfection de vos concurrents… : être convaincu de votre légitimité et savoir que vous avez fait votre maximum vous rendra fort et plus réceptif aux opportunités.

 


« Il faut se donner les moyens d’avoir une marge de progression supérieure à celle de ses concurrents »

Edgar Grospiron


 

Car attention ! Alors que nous sommes toujours convaincus de la nécessité de changer nos process en cas d’échec, nous sommes souvent réticents quand le succès est au rendez-vous : or pour faire encore mieux (ou réussir pendant longtemps), il faut savoir chercher à s’améliorer et sortir du cadre… tous les jours : c’est ainsi que procéda Edgar, chaque jour, sur sa piste de ski.

Encore aujourd’hui, une telle façon de fonctionner permet de ne jamais tomber dans la routine, et, promet-il, cela rend heureux.

 

 

Second tremplin, pour conclure

 

La bosse numéro 5, cultiver la perfection et pratiquer la disruption, n’est guère éloignée de la numéro une (ne pas se reposer sur nos succès et toujours préparer la suite). C’est donc bien un cercle vertueux, que nous propose Edgar Grospiron.

Il ne vous aura pas échappé que la bosse numéro cinq n’est pas la fin de la piste… Mais vous voilà lancés : transcendez l’instable passion en solide motivation, utilisez l’ambition et le plaisir comme leviers, visez toujours l’excellence et voyez l’exigence comme un challenge… et vous filerez à toute allure. Mais par pitié, faites tout cela, sans jamais tomber dans les filets de la contrainte !

 

Retrouvez la conférence d’Edgar en vidéo